• Déclarations des consultations Jeunesse Afro-Québecoise 2025
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Dignité – Égalité réelle – Reconnaissance

Préambule

Nous, jeunes afrodescendant.e.s des régions de la capitale nationale, de l’Outaouais et métropolitaine de Montréal, nous sommes réuni.e.s les 17 et 18 octobre 2025 à Montréal, au Sommet Jeunes Afro, dans le cadre de leurs consultations Jeunesse Afro-Québécoise. Nous avons choisi de concentrer nos travaux sur des enjeux liés à la justice et à l’économie, deux domaines où les inégalités persistent et compromettent l’égalité réelle des chances.

À l’issue de nos échanges, nous adoptons la présente déclaration comme position commune. Celle-ci constitue une interpellation directe des gouvernements fédéral, provincial, municipal, ainsi que des dirigeant.e.s d’organismes communautaires. Nous demandons que nos réalités, nos défis et nos aspirations soient pleinement intégrés aux politiques publiques et aux projets mis en œuvre. Nous appelons à ce que chaque initiative mise en œuvre vise explicitement à combattre le racisme systémique qui fragilise le lien social entre nos diverses communautés.

Économie

Nos constats

Les données du Recensement de 2021 de Statistique Canada révèlent des inégalités structurelles persistantes qui affectent de manière disproportionnée les jeunes noir.e.s au Québec, malgré leur niveau de scolarité élevé :

  • Plus d’un.e jeune noir.e sur quatre (21,1 %) détenait un baccalauréat ou un diplôme d’études supérieures, une proportion supérieure à celle observée chez l’ensemble des jeunes Québécois.es (18,3 %) ;
  • Néanmoins, ces jeunes font face à un taux de chômage plus élevé que leurs pairs non noir.e.s, atteignant 12,6 %, comparativement à 8,7 % pour l’ensemble des jeunes.
  • Des écarts persistent également en matière de revenus :
    Revenu moyen : 24 200 $ pour les jeunes noir.e.s, contre 31 160 $ pour l’ensemble des jeunes du Québec, soit un écart d’environ 7 000 $.
    Revenu médian : un jeune noir.e en emploi gagnait moins de 17 000 $, comparativement à 22 200 $ pour la population générale, soit un écart de 5 200 $.
  • Cette situation affecte la capacité des jeunes à satisfaire leurs besoins sociaux de base (logement, sécurité alimentaire, soins de santé, etc.).
  • Selon un récent sondage mené par la firme Léger et l’Observatoire des communautés noires du Québec, 40 % des jeunes noir.e.s du Québec interrogé.e.s considèrent que leurs revenus sont insuffisants pour vivre de manière décente, contre 23 % des jeunes non noir.e.s (Léger et Observatoire des communautés noires du Québec 2025).
  • Ces réalités minent la confiance des jeunes envers la société, ses institutions et ses promesses d’inclusion. Elles compromettent également leurs perspectives d’autonomisation ainsi que leur possibilité de développer pleinement leur potentiel, pourtant essentiel au développement social, économique et culturel du Québec.

Notre position

Le présent positionnement s’inscrit dans la défense et la protection de la dignité des jeunes noir.e.s du Québec, telle que garantie par la Charte des droits et libertés de la personne.

Nous contribuons à la richesse culturelle, sociale et économique du Québec : il est temps que cette contribution soit pleinement reconnue et valorisée.

Nous affirmons qu’il est inacceptable que, quel que soit le secteur socioprofessionnel, les jeunes noir.e.s se retrouvent systématiquement au bas de l’échelle. Comme le prévoit la Charte des droits et libertés de la personne, aucun motif prohibé de discrimination — notamment la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, l’orientation sexuelle, la religion, les convictions politiques, la langue ou l’origine ethnique ou nationale — ne devrait constituer un indicateur de risque ou de soupçon.

Nous croyons en un avenir où la diversité est une force, où chaque jeune peut contribuer à bâtir un Québec plus inclusif, plus juste et plus prospère.

Nous demandons à bénéficier des mêmes opportunités que tous les autres jeunes du Québec et à évoluer dans des environnements où l’égalité de droits, de dignité et de possibilités n’est pas un idéal abstrait, mais une réalité vécue.

Nos recommandations

  1. Soutenir l’éducation des jeunes noir.e.s
    • Offrir des bourses d’études dédiées aux jeunes noir.e.s, avec des critères de sélection adaptés à leurs parcours scolaires. Ces critères doivent tenir compte des obstacles systémiques souvent rencontrés, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des standards généraux qui peuvent les désavantager.
  2. Promouvoir l’équité en l’emploi
    • Rendre les processus de recrutement dans les secteurs public et privé plus transparents (publication de données sur les embauches, promotions, plaintes, etc.).
    • Enquêter systématiquement en cas de soupçons de discrimination à l’embauche et sanctionner les contrevenant.e.s.
  3. Développer des politiques antiracistes en milieu de travail
    • Concevoir, avec les personnes concernées, des politiques plus claires et axées sur les résultats de lutte contre le racisme et la discrimination, accompagnées de formations continues et obligatoires, d’outils de suivi et de mécanismes de reddition de comptes transparents.
  4. Renforcer l’entrepreneuriat des jeunes noir.e.s
    • Soutenir les initiatives entrepreneuriales portées par les jeunes noir.e.s à travers la création d’un fonds d’investissement jeunesse Afro-Québécoise.
    • Réformer les programmes de financement publics existants afin de les adapter aux réalités des entreprises dirigées par des jeunes noir.e.s.
  5. Investir dans les communautés noires
    • Mettre en place des programmes répondant aux besoins réels des jeunes noir.e.s en finançant les organismes communautaires dirigés par et pour les jeunes noir.e.s.

Justice

Nos constats

Les données disponibles témoignent d’un déséquilibre profond et persistant dans le domaine de la justice. Par exemple :

  • Les jeunes hommes noirs de 15 à 34 ans sont cinq fois plus susceptibles d’être interpellés que les jeunes blancs à Montréal, et dans un contexte ou des jeunes d’autres régions, comme en Outaouais ou dans la région de Québec, rapportent également des expériences similaires, bien que moins documentées statistiquement (Armony et al. 2019).
  • Un sondage, mené par la firme Léger et l’Observatoire des communautés noires du Québec auprès de 1000 jeunes noir.e.s, révèle que 63 % d’entre eux-elles disent avoir déjà vécu de la discrimination liée à une ou plusieurs identités plus d’une fois, un taux beaucoup plus élevé que les jeunes non noires (26 %) (Léger et Observatoire des communautés noires du Québec 2025).
  • Ce même sondage indique que 83 % des jeunes noir.e.s déclarent avoir déjà subi de la discrimination liée à une ou plusieurs identités perçues ou revendiquées, contre 40 % dans le groupe contrôle (Léger et Observatoire des communautés noires du Québec 2025).
  • Enfin, 46 % des jeunes noir.e.s considèrent avoir été plus d’une fois victimes de discrimination ou de traitement injuste dans leurs rapports avec les services publics, un taux nettement supérieur à celui des jeunes non noir.e.s (19 %) (Léger et Observatoire des communautés noires du Québec 2025).
  • Ces réalités, non exhaustives, entretiennent un climat de méfiance, fragilisent le sentiment d’appartenance et compromettent la capacité des jeunes noir.e.s du Québec à se sentir protégé.e.s, entendu.e.s et reconnu.e.s dans l’espace public.

Notre position

Le présent positionnement s’inscrit dans la défense et la protection de la dignité des jeunes noir.e.s du Québec, telle que garantie par la Charte des droits et libertés de la personne.

Nous croyons dans un Québec où la sécurité est un droit partagé, où la justice est un service accessible à toutes et à tous, et ou l’appartenance sociale n’est jamais conditionnée par la couleur de peau.

Nous contribuons à la richesse sociale et économique de la province : il est temps que cette contribution se reflète dans la manière dont nous sommes traité.e.s par l’institution policière et le système de justice.

Nous affirmons qu’il est inacceptable que des jeunes noir.e.s soient systématiquement ciblé.e.s par des pratiques discriminatoires lors des interpellations, notamment par le profilage racial, ainsi que dans les processus d’enquête ou d’intervention. Comme le prévoit la Charte des droits et libertés de la personne, aucun motif prohibé de discrimination — notamment la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, l’orientation sexuelle, la religion, les convictions politiques, la langue ou l’origine ethnique ou nationale — ne devrait constituer un indicateur de risque ou de soupçon.

Nous demandons un environnement où l’égalité des droits, l’accès à l’information juridique, la transparence institutionnelle et la dignité humaine ne sont pas des idéaux, mais une réalité vécue.

Nos recommandations

  1. Renforcer le contrôle et l’imputabilité de l’action policière
    • Sanctionner fermement les pratiques de profilage racial, avec des mécanismes disciplinaires clairs et appliqués.
    • Généraliser les caméras corporelles afin de documenter les interventions policières et d’en assurer la traçabilité.
    • Limiter le port d’armes à feu aux situations exceptionnelles présentant un risque réel pour la sécurité, en s’inspirant notamment du modèle de la Grande-Bretagne, où la police est majoritairement non armée et où le recours aux armes à feu est strictement encadré par des règles d’utilisation rigoureuses.
  2. Lutter contre les préjugés et transformer les pratiques policières
    • Rendre obligatoires et continues les formations sur les biais implicites, le racisme systémique et la diversité culturelle.
    • Mettre en place des programmes d’immersion communautaire afin de favoriser la compréhension des réalités vécues par les communautés noires.
  3. Garantir un accès équitable et effectif à la justice
    • Améliorer la diffusion de l’information juridique et rendre les services existants plus accessibles et inclusifs.
    • Offrir un accompagnement spécialisé aux personnes noires lors d’interventions policières ou de situations litigieuses.
    • Déployer des actions d’éducation et de sensibilisation aux droits, en priorité auprès des jeunes.
    • Soutenir et permettre la création d’organismes offrants des services juridiques gratuits ou abordables à travers la mise en place d’un fonds dédié.
  4. Provoquer des changements institutionnels durables
    • Accroître la représentation des personnes noires dans les métiers de la justice, grâce à des processus de recrutement transparents et équitables.
    • Sanctionner la discrimination raciale au sein des organismes publics, incluant des sanctions financières.
    • Réinvestir les fonds issus des sanctions dans des organismes communautaires reconnus pour leurs pratiques exemplaires en matière de lutte contre les discriminations raciales.
    • Permettre des enquêtes indépendantes, impliquant le milieu communautaire, sur les situations de discrimination dans les organisations publiques.
    • Renforcer le cadre légal en adoptant des lois plus strictes contre la discrimination raciale.